Il rêve mais n’agit pas

Le Conseil d’état Neuchâtelois propose un plan climat hallucinant. L’objectif de ce plan est « une réduction des GES par habitant de 90%, une réduction de la consommation d'énergie finale par habitant de 60 % »i



Les lignes d’actions sont en gros les suivantes:

«par exemple:

  1. Accélération du taux d'assainissement énergétique du parc immobilier neuchâtelois.

  2. Soutien au développement de technologies photovoltaïques à intégrer dans l'enveloppe du bâtiment.

  3. Redéploiement des transports publics à motorisation électrique dans le transport urbain.

  4. Promotion d'une tarification des transports publics favorable au transfert modal .

  5. Encouragement de l'hydrogène d'origine renouvelable pour le transport routier de marchandises.

  6. Incitation à la pose de panneaux photovoltaïques sur les bâtiments agricoles.

  7. Encouragement des maîtres d'ouvrages à la construction en bois indigène.

  8. Localisation et lutte contre les îlots de chaleur.

  9. Extension des réseaux d'adduction d'eau en zone de montagne.

  10. Développement d'une gestion des dangers naturels basée sur les risques.

  11. Adaptation de la sylviculture pour garantir la multifonctionnalité de la forêt.

  12. Revitalisation et création d'un réseau de biotopes humides.

 »

Pour rappel, Le CE s’est aussi engagé nettement en faveur des voitures électriques.

Le financement de tout cela pour les 5 premières années : 20 millions ! (Plus la part fédérale ...)

Nous reviendrons plus tard à cette question financière. Penchons-nous sur la faisabilité et l’efficacité des actions.

« De toutes les émissions de gaz à effet de serre de la Suisse :


Vu par tête d’habitant, cela donne 5,5 tonnes d’équivalents-CO2 par habitant. En incluant les GES dus aux importations, ce chiffre passe à 14 tonnes par habitant. Paradoxe d’un pays dont la balance commerciale est nettement positive ( en mesure monétaire nous sommes plus exportateur qu’importateur, mais en terme réel physique nous sommes de gros importateur!).

En Suisse, le domaine le plus important pour la production de CO2 interne, c.à.d. sans les importations, est les transports. Le bâtiment, qui inclut l’habitat, vient ensuite avec 24 %. Dans les éléments d’actions cités par le CE, les points 1 et 2 concernent les bâtiments, les points 3, 4 et 5 concernent les transports. Les points suivants ne nous intéressent pas tellement, ils ont un impact faible sur le bilan global.

Les deux chiffres clefs de ce plan sont :

Ceci ressemble à un retour vers les années 1950 !

En Suisse, l’énergie est consommée en grande partie sous forme de combustibles pétroliers et de carburants (50,6%), d’électricité (25,0%), de gaz (13,5%) et de bois (4,4%).

En Suisse, l’électricité est essentiellement décarbonée car, à 60 %, elle est d’origine hydraulique, le reste est nucléaire mis à part quelques petites centrales à gaz et 3 % de solaire.

Il faut en conclure que l’on doit en gros multiplier la production d’électricité par deux en restant décarbonée. La part du renouvelable solaire fait actuellement 3 %. En multipliant par 5 (+500 % selon le plan climat) cela donne 3 * 5 = +15 % mais, comme il faut le stocker et que la filière de stockage proposée par ce même plan est l’hydrogène, alors, il faut diviser ce résultat par 3 car le rendement d’une telle filière ne dépasse pas les 33 %. Donc 3 * 5 / 3 = +5 ce qui est loin du + 100 % pour un doublement de la production d’électricité.

Le nombre d’heures de soleil annuel de La-Chaux-de-Fond ou Neuchâtel est le même, quoique certains en pense. C’est 1800 heures. (Peut-être une meilleure transparence à la t’Chaux).

La consommation d’énergie annuelle du canton est 4500-4800GWh. 20 % de ceci comme objectif du supplément de production électrique sans CO2 est environ 1000 GWh. Le conseil d’État semble penser pouvoir faire cela avec du photovoltaïque (PV). Selon https://www.energie-environnement.ch/ 3500 kWh par an sont obtenus avec 30m2 de PV. Soit environ 100 kWh annuels par m². C’est optimiste mais prenons-le tout de même comme base de calcul. La surface à couvrir serait de 1* 10¹2 / 1*10⁵ = 1*10⁷ m² ou 10 km² et avec le stockage par une filière hydrogène cela donne 30-40 km². Pour une superficie cantonale de 802km2 soit 4 % du territoire. Pour comparaison, la surface dédiée à l’agriculture est de 23 %.

C’est sans doute jouable si l’on utilise ce surplus de production électrique pour les transports publics et certains besoins industriels (24 % de l’énergie totale). Il manque encore les besoins de chauffage de l’habitat notamment. Mais il est visiblement impensable d’inclure les voitures électriques de chacun. Celles-ci demanderaient à elles seules 1.5 de ce surplus.

L’idée du CE de vouloir promouvoir la voiture électrique ne passe pas dans ce plan climatique.

Revenons sur la question du budget. Le coût de 30 km² de PV est grosso modo :

30*10⁶ * 500 = 15*10⁸ CHF ou si vous préférez 1.5 Milliard de CHF. Où va-t-on avec un budget de 20 Millions !

Il faut ajouter à cela le coût de la filière hydrogène. Notons en premier qu’il y a beaucoup de choses en développement et peu de chose mature. Les données de coûts sont souvent peu précises, voire sont des projections. Les données proposées ici sont donc à prendre avec précaution. Le seul but est de pouvoir approcher les ordres de grandeur.

En préambule, une citation de science-climat-énergie : « 

Le rendement d’une pile à combustible à hydrogène est compris entre 50 et 60%. Le rendement global de la génération d’électricité à partir d’hydrogène, y compris la production de ce dernier est très faible : une vingtaine de pourcents.

Que conclure ..?

En fait, la filière hydrogène pour la production d’électricité en est toujours au stade de l’expérimentation. Le projet MYRTE [4] portant sur une telle génération d’électricité est peu probant.
Le retour d’expérience de piles à combustible consommant de l’hydrogène porte actuellement sur des entités de maximum quelques MW ce qui ne permet pas de contribuer à l’équilibre des réseaux. Le prix de l’électricité produite par cette filière est très élevé, même en cas de cogénération. Cette technologie pourrait-elle être, un jour, compétitive pour une génération massive d’électricité ?

Aujourd’hui la réponse est loin d’être connue…

»

La seule évaluation que j’ai pu retenir dans l’état actuel est :

CAPEX

€/kW

1500

Le CAPEX est le coût du capitaliii

En supposant un amortissement du capital en 5 ans, le coût d’une filière hydrogène devrait être estimé à 1500 * 1*1012 * 1.1 = 1.65*1014 CHF ou … je n’ose pas !

Pour ceux qui veulent en savoir un peu plus sur les bases scientifiques et techniques : https://www.college-de-france.fr/media/jean-marie-tarascon/UPL58650_hydrogenecollege.pdf

Les anti-nucléaires voudront bien pardonner une comparaison scandaleuse. Certes, le nucléaire lègue aux générations suivantes les déchets. Ceux-ci ont des durées de vie incommensurables avec les nôtres. Un accident avec les déchets est possible dans 100 générations. Bien, mais la crise climatique, c’est aujourd’hui et la grande catastrophe c’est pour 2050 c.à.d. demain ! Un accident avec les déchets nucléaires dans 100 générations n’a pas d’importance si l’humanité sombre dans les deux prochaines générations. Quant aux accidents nucléaires qui ont déjà eu lieu, ils n’ont pas fait plus de dégâts que le plus grave accident de charbonnageiv. Pour le pétrole, voyez ici : http://petrolepropre.canalblog.com/archives/2011/05/04/21051032.html. Il y a donc une question de priorité temporelle incontournable.

Par comparaison, un réacteur nucléaire produit 7TWh annuels. (7*1012 Wh) et coûte 2*10⁹ € (donnée EDF). La consommation actuelle d’énergie du canton est inférieure à 5TWh. Le surplus à produire, comme discuté ci-devant, de 1TWn annuel fabriqué en commun avec d’autres cantons dans un réacteur nucléaire, coûterait 1/7 de réacteur donc de l’ordre de 2/5*10⁹ CHF soit 400 Millions CHF tout compris.

Choisir entre plusieurs solutions très imparfaites n’est jamais facile. Tout solution à des risques (mesurable-estimable). Mais le delai est là : 30 ans ! C’est très court même trop court. Les Chinois qui semble-t-il, ont un plan précis, concret, ont prévu la neutralité carbone pour 2060. v

Le plan Marchal à, dit-on, permis de reconstruire l’Europe. Sans ce plan, l’Europe aurrait mis un temps bien plus long a se redresser. Même très criticable sur bien des points de vue, il a eu le mérite d’exister et de relancer les machines économiques de chacun. Puis dans les années 70 ont renonce à tout plan. C’est le marché qui décide. En fait les puissances financières ont aquis des ambitions mondiales. Elle veulent pomper librement leurs profits partout ou cela est possible. Il s’en suite, des délocalisations, déindistraéisations, exploitations des peuples les plus faibles. Wall-street à gagné, c’est le bordel partout mais cela fait exploséer les capitaux et quelques bulles. Au bout du compte on produit n’importe-quoi, qu’on transporte n’importe-où, que l’on retransporte n’importe-où pour jeter tout ces n’importe-quoi.

Pour atteindre un but, il faut un plan, c’est la moindre des choses.

Ne rien faire, ou faire semblant comme nous le propose notre CE, c’est la certitude d’aller droit dans le mur. Cela doit être compris comme un crime contre les générations suivantes.



iToutes les citations nos référencées explicitement viennent du site cantonal : https://www.ne.ch/medias/Pages/20210218-plan-climat-neuchatel.aspx

iihttps://www.bafu.admin.ch/bafu/fr/home/themes/climat/en-bref.html#-1333200555

iiihttps://www.encyclopedie-energie.org/competitivite-hydrogenes-gris-bleu-vert/

iv262 mort Bois du Cazier à Marcinelle 8 août 1956

vhttps://savelifeonearth.eu/les-details-du-plan-chinois-neutralite-carbone-2060-11-2020/