Crise, Il faut renflouer les banques ! Un an après, elles vont mieux, mais elles font chuter la cote des États trop endettés, notamment suite à leur renflouement. Ainsi, les États s’endettent, avec comme conséquence d’être considérés comme des clients à risque et donc de voir les taux d'intérêt qui leur sont proposés monter. Les électeurs français élisent un François Hollande qui, durant sa campagne, promet de séparer les banques d'affaires des banques de dépôts. Mais sitôt au pouvoir, il capitule sur ce point car les marchés financiers n'en veulent pas. Les élus politiques sont pris en tenaille entre leurs promesses et le contrôle des marchés (entendez bien marchés financiers car les marchés aux légumes, aux bestiaux et j’en passe, ne peuvent malheureusement rien y changer). En résumé, le politique s'excuse de ne pas faire ce qu'il promet sous prétexte d’un manque de marge de manœuvre. Et l'électeur de conclure : « tous les mêmes, tous pourris ». En Suisse, cela se traduit par des taux de participation de moins de quarante pour cents aux élections. La grande majorité juge donc que la démocratie ça ne sert à rien. Ont-ils tort ?
Si, sur le demi-siècle qui vient de passer, des progrès techniques énormes ont été fait permettant de fabriquer des voitures en plus grand nombre, meilleures avec mille fois moins de personnel. Pendant cette période de travail n'a presque pas varié et les conditions de stress se sont accrue de façon considérables. Si la censure officielle à disparu c'est pour faire place à celle des marchés. Marchés commerciaux et publicité, marché financiers et thermomètre de la bourse. La classe politique c'est professionnalisée, financiarisée et c'est placée sous le contrôle de lobbies qui en retour leur assurent le financement des campagnes « politiquo-médiatiques ». Léo Ferré tire la conclusion pour nous : « Il ont voté et puis après ».
À la sortie de la seconde guerre mondiale, les caisses de tous les pays d'Europe étaient vides et pourtant il a été possible de créer la « sécu » et les systèmes de retraites solidaires (notons que la Suisse fait exception puisque sa réforme se limite à l'AVS ; ce qui est très loin d'une « sécu »).
Qu'est-ce qui a changé entre ces deux époques pour que l’on aboutisse à cette situation désespérante ? Rien, sinon la montée en (toute) puissance de « la finance ». Ainsi, l’accroissement de l'activité engendre le besoin d'argent. Or l'argent est rare (puisque basé sur les réserves d'or) et tout ce qui est rare est cher. Ceux qui « possèdent » cet argent rare se trouvent donc légitimés à le faire payer le plus cher possible.
Dès lors, la sphère financière, composée des banques, de la bourse et des grandes fortunes (dont le seul mérite est bien souvent d’avoir hérité) qui se cachent derrière les deux premières, est toute puissante. Tout cela à cause de « l'argent rare ». Archaïsme ou mythe ? L'argent rare a des racines historiques certaines. Pourtant, aujourd'hui, il n'a plus de raison fonctionnelle d’exister. Actuellement, l'argent est scriptural, autrement dit, il n'est qu'écriture abstraite dans les grand livres de compte des banques. Il n'a plus rien à voir avec les métaux dit précieux. Penser que l'argent vaut de l'or est un Archaïsme absolu. Et pourtant ce mythe est soigneusement entretenu sous peine d’affaiblir la confiance des populations en leur chers papiers valeur et d’entraîner la chute du système (les crises à répétitions n’en sont qu’une illustration).
Pour en finir avec la dictature de l'argent rare une révolution est nécessaire ; une révolution mentale. Il faut nous persuader que l'argent, celui que nous avons en main tous les jours, ne devrait pas être rare et surtout que le fait de le « posséder » ne mérite aucune rémunération. Une fois cette conclusion tirée, il est possible de concevoir un autre système d'échange en lieu et place de l'actuel ; le SelGem (Système d'échange local Généralisé pour des Échanges Multilatéraux). L’idée ici serait de créer une forme de Sel, qui habituellement est un système d'échange local (dont le nom fait références aux anciens moyens de payement basés alors sur des denrées non périssables tel que le sel) mais porté ici au niveau d'une nation qui selon nous n’est rien de plus qu’une grande collectivité frappant sa propre monnaie. Appelons cela une collectivité souveraine. Un tel système est une pure comptabilité qui tient le compte de ce que chacun doit à tous ou de ce que chacun a comme crédit à faire valoir chez n'importe quel autre membre de la collectivité. Techniquement, il n'y a pas de limite supérieure de débit ou de crédit. Par contre, il y a évidemment des limites d'ordre contractuelles définies par la collectivité.
Quelles différences il y a-t-il entre SelGem et monnaie actuelle. L'unité de compte (UC) qui remplace l'usage de l'argent a les propriétés suivantes :
••Il n'est plus rare
••Il n'est plus privé mais bien un pur contrat collectif
••Il n'est plus convertible, sauf dans le cadre d’échanges inter-communautaires.
••Il n'est plus un objet de spéculation
••Il n'est plus anonyme
••Il n'est plus sujet à rémunération.
D'un point de vue matériel, la valeur de l’UC est nulle puisque totalement virtuelle. Mais elle est considérable pour nos relations. Personne ne peut détenir l'UC. Ce n'est qu'un outil virtuel au service du collectif. Et pourtant, ce n'est pas le communisme, ce n'est pas du collectivisme, cela n'entrave en rien l'esprit d'entreprise (même s’il est encore à prouver que le communisme sous toutes ces formes entrave l’esprit d’entreprise et que c’est bêtement l’appât du gain qui pousserait les gens à être créatifs). Cela veut seulement dire, à ce stade de l'exposé, que la collectivité n'a plus besoin de l'argent privé. Que celui-ci est obsolète et donc qu'il n’a plus aucun pouvoir. Cela signifie que la collectivité retrouve son autonomie. Cela ne veut pas encore dire l'avènement de la démocratie. Non, il faut plus que cela, mais, on peut penser que c'est une condition nécessaire.
Ici se pose la question des investissements collectifs. Contrairement à un SelGem ordinaire qui n'a que très peu de charges collectives, une collectivité souveraine en a. Du point de vue des « gauchiste » il lui en faut beaucoup, voire il ne faut même que cela. Du point de vue des conservateurs, il en faut le moins possible. Toutefois, dans ce moins possible, il faut la police pour maintenir l'ordre établi, les tribunaux et l'armée pour les mêmes raisons. Or, cela coûte en investissement et en frais de fonctionnement. Dans le cadre d'un SelGem, lorsque l’on dit « coûte », il faut entendre que cela « nécessite du travail » ou mieux de « l'ouvrage ». Ainsi, dans le cadre d’une collectivité souveraine, cela se traduit par le fait que certain vont œuvrer pour le collectif plutôt que pour d'autres membres. Il s'en suit donc une dette du collectif vis-à-vis de tous. Du moins dans la comptabilité du SelGem. Remarquons au passage que pour la partie investissement, cette dette représente aussi la fortune collective. Il n'est donc pas saugrenu de postuler que la collectivité peu débiter son compte du montant des investissements qu'elle fait au nom de la collectivité. Mais il n'est pas question ici de se poser des questions sur le bien-fondé de ces investissements ni sur la façon d'en décider. Au pire cela pourrait se faire selon les méthodes actuelles. La question envisagée ici est : peut-on admettre qu’une dette collective, enregistrée sous la forme d'un débit du « compte collectif » soit compensée par une fortune réelle, à savoir, l'objet des investissements. Par exemple, la collectivité fait construire un hôpital. Le coût de cette construction est porté au débit du collectif. Mais dans le même temps, cette hôpital est un bien commun. Donc, cette méthode de compensation, a priori, ne semble pas choquant, sauf que cet objet s'altère et se dégrade avec le temps ; d’où la notion d’amortissement que nous allons aborder dans le chapitre qui suit.
Le concept d'amortissement existe depuis longtemps. Il ne fait rien d'autre qu’exprimer en langage comptable qu'un bien vu comme une fortune (un actif), s'altère et perd donc de sa valeur avec le temps jusqu'au jour où il ne vaut théoriquement plus rien. Ceci montre qu'il y a bien un fossé entre valeur d'usage et valeur financière. Mais bref, le concept a tout de même le mérite de montrer qu'il faut, soit entretenir un bien, soit penser à le renouveler. Si donc une collectivité, dont les échanges fonctionnent en SelGem, a un débit équivalant à une fortune qui correspond à sa fortune, c'est à dire l'ensemble des outils de services publics, elle devrait penser à les amortir. Il y a pour ce faire plusieurs possibilités. Envisageons en une : l'amortissement par des prélèvements, et en particulier deux variantes :
••pratiquer les mêmes prélèvements qu'aujourd'hui
••refondre totalement le système de prélèvement
La première alternative est évidement la plus facile à mettre en place puisque, pour l'essentiel, il suffit de conserver les systèmes d'impôts directs et indirects. La seconde semble irréaliste si l'on songe aux oppositions chroniques à toute harmonisation fiscale au sein de l'Union Européenne. On fait d'ailleurs le même constat en Suisse au niveau inter-cantonal alors que ce pays est en gros cinquante50 fois moins peuplé. Cependant, on pourrait imaginer une voie de transition plus flexible et qui aurait le mérite d' introduire une pincée de participalisme, un peu de comité citoyen et peu un zeste de responsabilité face aux générations à venir autrement dit face aux enjeux écologiques. Il s'agirait d'introduire une TVA à la André Gorz (1991).nous allons y revenir.
Posons-nous, maintenant, la question de savoir si le SelGem ne risque pas de scléroser toute la collectivité. L'initiative et l'esprit d'entreprendre ne risque-t-il pas de disparaître faute de motivation ? De nombreux économistes font référence à la pyramide de Maslow pour démontrer qu'un niveau élevé de rémunération des salariés est loin d'être le premier élément de motivation humaine. Partant de là on peut supposer qu'un grand nombre d'entrepreneurs a la même pyramide de besoins que les salariés.
Aujourd'hui, l'entrepreneur doit convaincre une banque que son projet est rentable d'un point de vue financier. Accidentellement ce projet peur correspondre à une production qui a un caractère d'utilité, mais cela peut aussi n'être qu'un produit fabriqué par le marché à grand renfort de publicité.
Dans le contexte d'un SelGem, l'entrepreneur doit convaincre de l’utilité d’un certain investissement un organisme (à définir) dont les critères de choix/sélection différeraient de ceux des actuelles banques privées. Les unités de compte n'étant pas rares, il serait possible de baser l'octroi des moyens de production sur des critères tels que l'utilité, le respect de l'environnement, etc. Donc l'entrepreneur ne devrait pas rencontrer plus de difficultés qu'aujourd'hui. Par contre, la vraie difficulté est de définir ces critères de sélection de la façon la plus démocratique possible.
Prenons un exemple simple. Les légumes locaux sont totalement utiles et, s'ils sont bio (vraiment), ils peuvent être considérés comme non polluants. A l'inverse les non bio devraient être pénalisés pour la pollution qu’ils engendrent. Ainsi, comme l’illustre le tableau suivant, l’on pourrait appliquer une formule de calcul aux produits en fonction de critères de choix. Ainsi, lLes légumes exotiques ou encore les montres de luxes, devraient être plus taxées que les produits utiles, tel que les légumes, et non polluants s’ils sont bio..
Tableau 1 : Quelques exemples imaginables pour cette TVA
Produit | Termes1 | Valeur | Taux de TVA normalisée2 |
Légumes bio | u=10, s=1,p=0.1 | 0.01 | 0 |
Légumes non bio | u=10, s=1, p=5 | 0.5 | 3 |
Légumes exotiques | u=5, s=1, p=9 | 18 | 20 |
Couteaux de cuisine | u=10, s=1, p=1 | 0.1 | 3 |
Montres mécaniques de luxe | u=0.1, s=0.1, p=20 | 2000 | 1000 ? |
1 Pour se tableau TVA(u,s,p)=(u/1 * 1/s * p)
u: utilité (1/u = inverse de l'utilité soit l'inutilité aussi parfois appelée le luxe)
s: utilité social (ici aussi prise en inverse)
p: pollution
2 La normalisation, proposée ici pour éviter une infinité de taux difficilement gérable, consiste à prendre le taux le plus proche ensemble de valeurs pré-définies (un « barème »)
A la question, en quoi cela apporte-t-il une réponse à nos problèmes actuels ? La réponse est : cette transition est la priorité. Il n'y aura aucune solution solide et durable à aucun des grands enjeux actuels tant que la finance dirigera la planète monde monde. Que ce soit la faim dans le monde, le réchauffement climatique, les relations inégalités nord-sud, le terrorisme, etc. Toutes ces questions ne peuvent se résoudre tant que la mise en œuvre des moyens de production est sera contrôlée par « la finance ».
Gorz, A. (1991). Capitalisme, socialisme, écologie. Paris: Galilée.
Jacquard, A. (1991). Voici le temps du monde fini. Paris: Seuil.
Kempeneers, A. (2006). "Nouveau millénaire, Défis libertaires", Le socialisme écologique d’André Gorz. Consulté le 9 février 2013, sur 1libertaire.free.fr: http://1libertaire.free.fr/AGorz14.html
Schumacher, E. F., (1943). Multilateral Clearing. Economica, 10(38), pp. 150-165.
Gaxie, D., 1987. Le cens caché. Réseaux, 5(22), pp. 29-51.
ALBERT Michel, Après le capitalisme. Éléments d’économie participaliste, Agone, 2003
1Pour un résumé succinct voir la page internet rédigée par Kempeneers (2006) sur les théories d’André Gorz (1991).
2En effet, par exemple, lorsque la TVA est appliquée à des denrées alimentaires elle touche toute la population car tout le monde doit manger. Par contre, elle pèse plus sur le budget des ménages à faibles revenus car la partie allouée à l’alimentation est proportionnellement plus grande au sein des ménages pauvre que ceux à grands budgets. Ainsi, chaque franc investit dans la TVA par un ménage pauvre est plus « cher » est pèse plus lourdement sur leurs finances. Cette taxe (qui en passant n’est pas une taxe car elle n’est pas réutilisée pour renflouer le domaine précis qu’elle taxe) n’est donc, lorsqu’elle est appliquée à des biens de première nécessité, pas adaptée en fonction des différents revenus (en passant, la même critique peut être faite avec les assurances maladie ; mais c’est encore un autre débat/combat) et pèse plus lourd sur les épaules des individus déjà défavorisés.
3 Voir le livre de Michel Abert dans : Après le capitalisme. Éléments d’économie participaliste, Agone, 2003
4Voir Albert Jacquard (1991).
5http://silberstein.no-ip.info